Identité numérique, les opérateurs entrent dans la danse
Nokia Siemens Networks propose à ses clients opérateurs de monétiser leurs bases de données marketing. Il faudra pour cela que les abonnés consentent à leur confier leurs données personnelles.
Le marketing des données clients : un métier d’avenir pour les opérateurs télécoms. Ils connaissent à la fois les coordonnées physiques de leurs clients, souvent leur âge et leur situation familiale, leur durée de connexion, les sites visités, les services et les terminaux qu’ils utilisent… Cerise sur le gâteau, ils les facturent tous les mois. Mais pour ne pas trahir la confiance que les abonnés leur font, ils ne commercialisent pas ces données qui valent de l’or. Ils ne savent pas comment s’y prendre.
Nokia Siemens Networks (NSN) est prêt à les aider. Le rival d’Alcatel-Lucent commercialise depuis la fin 2010 une solution de « gestion de l’identité numérique ». Elle fait partie de la batterie de propositions des équipementiers de télécommunications pour diversifier le modèle économique de leurs clients télécoms. Pour l’instant, seul l’Argentin Movistar l’a achetée ; il devrait proposer son offre à ses 15 millions de clients cette année.
Alors que les Google, Amazon et autre Groupon moissonnent allégrement les données personnelles des internautes, qu’ils bâtissent leurs entreprises sur ces données, l’inquiétude grandit quant à leur capacité à protéger la vie privée des individus. Brèches de sécurité, tentation de monnayer les données… Selon une enquête menée par NSN, 55 % des Français craignent une violation de leur « privacy » et 75 % des Européens. Le tiers des sondés sont prêts à partager leurs informations, proportion qui grimpe à 55 % lorsqu’ils font confiance au tiers qui va les gérer. C’est pourquoi les opérateurs sont idéalement placés pour devenir ces tiers, considère Doug Daberius, chez NSN : « C’est à eux qu’on fait le plus confiance après les banques, parce qu’ils sont soumis à une réglementation très stricte dans chaque pays, et qu’ils ont pignon sur rue. »
Le fisc, les restaurants… des clients potentiels
La solution élaborée par l’équipementier consiste à créer un portail de gestion des données de l’abonné placé chez l’opérateur. Ce dernier doit d’abord passer des accords avec les sites Internet et les réseaux sociaux qui requièrent de dévoiler des informations personnelles. Une fois ce cadre mis en place, l’internaute ira sur l’interface de son opérateur, protégée par un mot de passe unique, pour remplir divers « profils utilisateur », par exemple « famille », « amis », « professionnel », ou sur mesure. Il décidera à quel type d’informations Google, Facebook et autres prestataires Internet ont le droit d’accéder. Et il n’aura pas besoin d’aller cocher des cases chez Facebook ou Twitter pour indiquer ses préférences.
La plupart de ces sites ne verront aucun intérêt à verser de l’argent à l’opérateur pour qu’en plus il conserve les informations dans ses propres serveurs. Comment convaincre Google d’entrer dans un tel portail ? Mais d’autres pourraient apprécier le service rendu, souligne Doug Daberius : « En Suède, les sites de paris en ligne sont obligés de payer 22 euros pour vérifier auprès d’une agence que les joueurs ont l’âge légal. Ils pourraient économiser, tout en dévoilant le minimum nécessaire : inutile de préciser l’âge exact du client. » Le fisc, des agences de voyages, des restaurants pourraient être intéressés. Reste à savoir si les internautes ont réellement envie de laisser ce pouvoir à un seul intermédiaire tout-puissant.
Source : Les Echos

